MON 26 - 6 - 2017
 
Date: May 24, 2012
Author: Nadia Aissaoui, Ziad Majed
Source: MEDIAPART
 
Révolution en Syrie : état des lieux et débat sur la lutte armée
A l'affût des révolutions (42/50)

La révolution syrienne a entamé son quinzième mois avec la plus grande mobilisation jamais connue. Vendredi 18 mai, 850 manifestations dans 647 points différents du pays ont eu lieu. Des dizaines de milliers de personnes ont défilé encore une fois défiant la machine de mort que la mission des Nations unies n’a pas réussi à contenir. Selon les comités de coordination locaux de la révolution, 1 401 personnes ont trouvé la mort depuis le 12 avril, date du “cessez-le-feu” mis en place par cette mission. L’évolution de la situation dans le pays permet trois constats.


Le premier concerne le statu quo

 

Le régime, qui a déployé toute sa force et sa brutalité, n’arrive pas à écraser la révolution. Malgré les assassinats, les bombardements des villes et villages, le siège des quartiers résidentiels, les massacres et les campagnes d’arrestations, le nombre de manifestations évolue positivement d’un vendredi à l’autre. Il suffit que l’armée du régime retire ses chars d’une place publique, pour que, le lendemain, les manifestants l’investissent de nouveau. Dans le même temps, le régime Assad, réduit à sa plus simple dimension de machine de répression, ne semble pas encore sur le point de tomber. Il reçoit toujours, selon les différentes sources de l’opposition à l’intérieur du pays, un soutien économique et militaro-sécuritaire russe, iranien et iraquien. Ce qui conduit à dire que, sans nouveaux paramètres décisifs, le rapport de force actuel est appelé à durer dans les prochains mois.


Le deuxième révèle une montée en force de l’aile pacifique de la révolution

 

 

Damas et Alep, souvent considérées comme des villes hésitantes ou fidèles au régime, figurent maintenant parmi les villes qui bougent le plus. Damas connaît quotidiennement des manifestations et l’université d’Alep a été baptisée « l’université de la révolution ». Les contestations et sit-in dans son campus se multiplient, et l’armée du régime l’a envahie à deux reprises, tuant, blessant et arrêtant des dizaines d’étudiants. La semaine dernière, les cours ont été suspendus et les dortoirs fermés. Ci-dessous, en vidéo, les étudiants de l’université, le 17 mai, profitent de l’arrivée des observateurs des Nations Unies pour manifester et appeler à la chute du régime :

 

Ceci confirme l’élargissement de l’assise populaire et géographique de la révolution (urbaine comme rurale, de classes sociales comme de catégories d’âge). Ce regain de mobilisation pacifique prouve une fois de plus que la militarisation (comme nécessité pour se défendre et comme conséquence de la désertion des soldats et officiers refusant de tirer sur les leurs) ne constitue pas la force principale, même si elle est impérative, de la contestation. Sa forte médiatisation avait caché pendant des mois l’autre aspect, pacifiste, de la révolution, alors qu’en réalité les deux fonctionnent en parallèle.


Le troisième est que le régime Assad est désormais qualifié de « force d’occupation » par beaucoup d'intellectuels et activistes

 

Pour imposer son autorité, le régime Assad doit occuper militairement le pays, et maintenir quotidiennement la violence et la terreur. Il suffit d’une journée de trêve, pour que les mêmes espaces, la veille désertés par les citoyens, soient de nouveau envahis par les hommes et les femmes réclamant la chute du régime. La pancarte ci-dessous, faite par le fameux comité de Kfarnebbel (petite ville au nord-ouest du pays), illustre bien cette réalité. Non seulement les Syriens se sentent en territoire occupé, mais, en plus, ils accusent Assad d’être “la vraie” Al-Qaïda dans le pays (allusion aux dernières explosions à Damas, Alep, Idlib et Deir Ezzour, souvent attribuées par le régime à la nébuleuse terroriste).

 

Le statu quo s’installe donc temporairement en Syrie. Il pousse certains écrivains à revenir sur des débats de fond quant à la révolution, les questions de la lutte armée, l’islamisation et les outils de mobilisation.

 

Un texte de Yassine al-Hajj Saleh, éminent intellectuel, ancien prisonnier politique, qui vit en Syrie dans la clandestinité depuis plus d’un an (texte écrit pour un livre prochainement publié en allemand, sous la direction de Larissa Bender), évoque la question qui divise le plus les opposants syriens depuis des mois : les armes.


Ci-dessous, nous vous proposons une traduction de ce texte. Il s’ajoute à deux autres du même auteur déjà traduits pour Mediapart, à lire ici pour le premier et ici pour le second.

 

La révolution et les armes

Par Yassine al-Hajj Saleh

 

Entre le début de la révolution, à la mi-mars 2011, et la mission des observateurs internationaux de Kofi Anan, 13 mois se sont écoulés durant lesquels la révolution syrienne est passée par trois étapes.

 

La première s’étend du 15 mars à début août 2011, une phase d'élargissement des protestations populaires, qui se sont étendues à tout le pays. La deuxième phase couvre la période allant de début août 2011 à début février 2012, durant laquelle le régime est passé d’un traitement sécuritaire dominant à un traitement militaire de la révolution. La troisième phase a débuté le 3 février 2012, c’est le stade du terrorisme, de la politique de la terre brûlée et de la généralisation du meurtre et la destruction des quartiers et des villes, en particulier à Homs, Idleb, Hama et les banlieues de Damas.

 

Ces étapes se chevauchent. Le régime a fait face à la révolution avec des moyens violents dès le début et a pratiqué l'assassinat au quotidien. De nombreuses désertions au sein de l’armée ont été enregistrées, dès les premières semaines de la révolution. Elles ont eu pour principal moteur la mauvaise conscience et le refus de tuer des citoyens pacifiques. La résistance armée n’a émergé quant à elle que dans la deuxième phase, alors que les manifestations étaient jusque-là le moyen primordial de protestation.


Les débuts de la militarisation

 

Durant la première phase, et plus précisément le 09/06/2011, l’officier Hussein Harmoush a déserté et formé la « Coalition des Officiers libres » (Harmoush a été enlevé en Turquie l'automne dernier. Il a été torturé, et a ensuite montré à la télévision syrienne tenant des propos de soutien au régime. Depuis, il a probablement été exécuté).

À la fin juillet, l’Armée syrienne libre s’est formée sous le commandement du colonel Riad Al-Assaad comme cadre général pour les groupes dissidents, y compris les Officiers libres. D’autres groupes de civils dont les régions autrefois réprimées par le régime ont rejoint l’ASL. Nombre d’entre eux ont ainsi manifesté leur forte indignation contre le système.

 

Ce qui est sûr, c’est que l’apparition de cette composante militaire de la révolution n’a jamais été un choix ou une stratégie au service d’une idéologie combattante établie d’avance…

 

La première phase a atteint son apogée avec les manifestations de masse à Hama et Deir Ezzour, auxquelles ont participé des centaines de milliers de personnes sur le modèle de la place Tahrir égyptienne. Le régime a sans doute hésité à réprimer les manifestations de Hama, en particulier en raison de la persistance dans la mémoire collective du souvenir du massacre de février 1982. Il se trouve aussi que la ville a reçu la visite des ambassadeurs américain et français le 7 juillet. C’était un vendredi et cela a peut-être constitué une sorte d’immunité relative… Cependant, au début du mois de ramadan, coïncidant avec le tout début du mois d’août, les chars ont pris la ville, de même que Deir Ezzour, Homs, Idleb, des régions de Damas ainsi que Deraa. Cela s’est traduit par des niveaux inouïs de pratique de la torture et de mort sous la torture. Une violence rappelant celle des années 80 sans compter les victimes quotidiennes dont la moyenne avoisinait la vingtaine durant cette première phase.


Deuxième phase et signes de chaos

 

Après le déploiement de l'armée, l'occupation militaire des villes et des villages rebelles ainsi que l'escalade de la violence à l’encontre des Syriens, les initiatives arabes ont fait leur apparition pour répondre à la crise en Syrie. La plus importante était celle d'envoyer des observateurs arabes dans le dernier tiers du dernier mois de l'année 2011, pour surveiller l'engagement du régime à un cessez-le-feu. Cette mission n’a pas abouti.

 

Le résultat de cette combinaison d'agressivité croissante du régime et d'un sentiment d’abandon (en particulier après le torpillage par la Russie et la Chine des efforts arabes et internationaux, le 4 novembre 2011) a masqué les voix appelant à une lutte pacifique au détriment de celles prônant une réponse violente à la violence. En outre, le caractère général de la révolution est resté pacifique. Les éléments de l'Armée libre ont davantage été un élément de dissuasion et de protection des manifestants.

 

Dans le même temps, les slogans et les bannières des manifestations exprimaient le sentiment des Syriens d’être livrés à leur sort. Une bannière particulièrement marquante et célèbre est apparue à l'automne 2011 : « À bas le régime et l'opposition, à bas la nation arabe et islamique, à bas le Conseil de sécurité, à bas le monde entier, à bas tout ! ». Un tel état psychologique, qui pourrait induire abattement et renoncement, a, dans le contexte syrien, mené à la confrontation par la force. La ville qui a soulevé la bannière est Kfarnabbel, située dans la province d'Idlib, un des berceaux les plus actifs de la révolution sur le plan civil et militaire, proche de la frontière turque et qui se dit occupée.


L’absence d’un leadership politique fiable et expérimenté

 

La référence à l'opposition dans la fameuse bannière revêt une importance particulière et nous interpelle. La formation d’un cadre politique structuré de la révolution a beaucoup tardé. Et lorsque cela a été fait, le 2 octobre 2011, le Conseil national syrien n’était pas suffisamment représentatif et dynamique pour gagner la confiance des Syriens et mener la lutte avec eux. Dans sa composition interne, ses activités connues et son rythme, le CNS n’était pas attractif. Les autres forces d’opposition constituées avaient une représentativité encore plus étroite et semblaient davantage préoccupées à s’opposer au CNS qu’à affronter le régime.

 

Cela a donné de l'opposition une image faible et constitué un facteur expliquant en arrière-plan le recours aux armes. L’absence d’un leadership politique fiable et expérimenté a poussé les gens à ne compter que sur eux-mêmes. Aucune main tendue, aucune promesse, tandis que le régime continuait de tuer.

 

Le mouvement de désertion s’est poursuivi durant la deuxième étape. Il n’y a pas eu de désertions importantes au sein de l’armée mais des petits actes en ce sens, consécutifs aux longs mois de la révolution. Ce développement inégal a créé une réalité particulière, caractérisée par l’absence d’un cadre institutionnel en mesure d’absorber les déserteurs. Cela s’est d’autant aggravé avec l’arrivée de nombreux civils dans les rangs militaires élargis. L’ASL est demeurée faible car elle s’est développée sous la pression de l’urgence et avec des fondateurs sans expérience…

 

À la fin de la seconde phase, des signes de chaos par les armes ont commencé à apparaître. L'hiver dernier, des informations concernant des enlèvements et des demandes de rançon ont circulé dans certaines régions de la province d’Idleb, ainsi que des échanges de prisonniers avec le régime et des représailles sectaires à Homs. Il est possible que des criminels aient pu bénéficier de la situation trouble dans le pays. Dans certains cas, selon les propos de militants d’Idleb, ce sont les agents sécuritaires eux-mêmes qui encouragent de telles pratiques pour les imputer par la suite à la révolution et inciter ainsi les gens à regretter le bon vieux temps.

 

Mais il y a aussi des informations précises sur au moins un groupe salafiste (al Nour) actif dans la province d’Idleb et qui semble être à l’origine d'enlèvements et de demandes de rançon dans cette région.

 

Parmi les informations qui proviennent de la région de Jabal Azzaouia (nord-ouest), il y aurait quatre catégories de groupes armés. Les premiers sont les militants de l’Armée libre, des transfuges issus de l’armée, de la police ou du renseignement, la plupart sont des soldats et des officiers. Leurs armes sont légères, des mitrailleuses PKC et des lance-roquettes RPG. Ils disposent de moyens de communication avec les autres éléments de l’Armée libre et effectuent de temps à autre des opérations contre des patrouilles et barrages militaires au cours desquelles ils s’approvisionnent en armement. La seconde catégorie, ce sont les groupes de jeunes armés de la révolution qui ont commencé à se former à la suite de la violence perpétrée contre les manifestants. Leur armement est léger et leur mission consiste à protéger les entrées des villes et villages, les manifestations, et effectuer quelques petites opérations. Certains d'entre eux travaillent sous la direction de l’Armée libre, tandis que d’autres tentent de préserver leur indépendance. Certains de ces groupes sont menés par des islamistes fils des Frères musulmans victimes des massacres de 82. D’autres groupes sont soutenus financièrement par des familles fortunées, un plus grand degré de discipline règne en leur sein.

 

La troisième catégorie comprend des escrocs de toutes sortes, des contrebandiers en antiquités et repris de justice. Ils kidnappent, exigent des rançons, volent des véhicules et câbles électriques. Ces groupes se sont multipliés après l'entrée de l'armée régulière dans la région, au cours de la deuxième phase. Enfin, il y a aussi des bandits armés, présents bien avant la révolution.

 

Ces dernières semaines, il y a eu des développements importants dans cette région, tels que la recension des noms des éléments de l'Armée libre, le travail pour l'intégration des groupes indépendants et l’identification des escrocs et bandits armés. Il y a également des efforts juridiques et politiques réels qui ont été accomplis visant au développement d'un code de conduite pour contrôler le travail de l'Armée libre. Mais ces initiatives sont contrariées par la déficience du commandement de cette armée et à sa faiblesse politique.

 

Troisième phase et les combats de Baba Amr

 

La troisième phase a débuté le 3 février 2012. Son fief principal était la ville de Homs, en particulier le quartier de Baba Amr, qui était un bastion de la résistance armée. Cependant, le quartier est tombé entre les mains des forces de l'ordre au début du mois de mars, après près d'un mois de siège et de bombardements quotidiens. Le régime a procédé de la même façon dans d'autres quartiers rebelles de Homs : massacres sectaires, le plus grave s'étant produit dans le quartier de Karm al Zaitoun, le 11 mMars 2012, qui a coûté la vie à 47 femmes et enfants, tués dans des conditions effroyables. Beaucoup de femmes ont été violées. Cependant plus de deux mois et demi  après l’invasion de Bab-Amr, il semblerait qu’il n’y ait aucun avenir pour cet assaut du régime ni aucun résultat constructif. 

 

La politique de la terreur généralisée et de la terre brûlée s’est également propagée dans les régions d’Idleb, Alep, Deir Ezzour, et les zones rurales de Damas. Elle s’est caractérisée par la destruction et le pillage des domiciles des militants, ainsi que par des incendies avec des victimes prisonnières des habitations. Durant cette période, la moyenne des victimes variait entre 70 et 100 par jour.

 

Cette escalade intervient un jour après le second veto de la Russie et la Chine, contre une résolution sur la Syrie et la visite du ministre des Affaires étrangères et chef des services secrets russes à la Syrie. Il semblerait que les deux hommes aient encouragé le régime à bénéficier de la couverture politique au Conseil de sécurité pour en découdre rapidement sur le terrain.

 

Pendant ce temps, les composantes militaires et civiles de la révolution coexistaient dans le même espace, sauf peut-être en un nombre limité de sites sur la frontière turque. Avec leur armement léger, leurs faibles ressources, la plupart des soldats déserteurs d'origine sociale modeste ont rejoint leur région pour y vivre et protéger les leurs. Cela est particulièrement vrai des civils parmi eux qui essaient de faire face au régime du mieux qu’ils le peuvent.

Cette réalité est précisément ce que le système s'efforce de briser en s’en prenant à l'environnement social des combattants, en s'appuyant sur la couverture sino-russe et le soutien militaire irano-russe.


La modestie des moyens des combattants dans cet environnement social n’a permis de fournir que de l’assistance humanitaire et une collecte de dons auprès de citoyens sympathisants.

 

Le point très important à garder à l’esprit, c’est que pendant tout ce temps la révolution populaire civile est restée pacifique dans une large mesure et que la situation ne s’est jamais transformée en un face-à-face entre deux parties armées (le régime et l’opposition) comme le suggèrent les médias du régime et certains médias arabes et internationaux. Avides de sang et de violence, plus que des faits réels, les médias rattachent systématiquement la dimension armée à la révolution alors qu’elle est en réalité secondaire. La révolution n'est pas la rébellion armée syrienne, il s'agit d'une révolution pacifique, avec une composante armée.

 

Pour ou contre les armes

 

Vers la fin de la deuxième étape, et plus engagé dans la troisième, on a constaté au sein d’une partie de l’opposition syrienne de plus en plus de réserves concernant la militarisation de la révolution, tendant à lui faire porter la responsabilité du durcissement du régime et exprimant une certaine nostalgie des premiers jours de la révolution. La crainte justifiée du risque lié à la militarisation, les complications potentielles dans le futur, la complexité de la situation actuelle, toutes ces questions font l’objet d’un débat en cours au sein de l’opposition. Il risque cependant d’être perverti en débat idéologique ou en concurrence entre « brigades » politiques et intellectuelles au lieu de rester proche de la réalité et des considérations à en tirer.

 

Il faut veiller à l'organisation des combattants, tant administrativement, politiquement et intellectuellement, que physiquement et moralement. C'est l'option préconisée par l'auteur de ces lignes. Cela est compatible avec la préservation du caractère pacifique de la révolution. A chaque fois que les opposants à la militarisation ont dû discuter sérieusement des politiques adéquates concernant cette composante, ils sont arrivés à quelque chose de proche de cette option.

 

Mon point de vue est que le rôle de la composante militaire a été un facteur favorable à la révolution pacifique. Il a contribué à son expansion et sa consolidation contrairement à ce que certains prétendent.

 

La contestation pacifique peut rendre la révolution plus vulnérable aux yeux du régime malgré sa supériorité morale.

 

Un aperçu de la révolution dans son ensemble montre que la protestation pacifique et la résistance armée ont fonctionné ensemble. On ne voit pas pourquoi la révolution devrait renoncer à une composante militaire, sans le moindre signe de changement dans le climat politique général dans le pays, sans aucune volonté par le régime d'abandonner son option militaro-sécuritaire ou de restreindre la violence, y compris celle de « ses civils » contre les manifestants. Les « chabbiha » (civils fidèles au régime), sont pour beaucoup d'entre eux des criminels et d’anciens employés. Si le régime persiste dans l'escalade de la militarisation, et rien n’indique le contraire, l’accentuation de la tendance à l’armement et à la confrontation armée serait probablement la première option. « L’Armée Libre », titre pompeux donné à la résistance armée, risque d’être dépassée dans certains cas par des groupuscules djihadistes. Ces derniers défendent une cause religieuse et non nationale et leur langage est la violence radicale ou le « terrorisme ».

 

Les implications de la militarisation

 

Il importe dès à présent de tenir compte des implications de la militarisation de la révolution.

La première de ces implications est que les conséquences des pertes humaines et matérielles du conflit armé interne sont autrement plus élevées que celles causées par des protestations purement pacifiques. De plus, un conflit armé a plus de chances de susciter des interventions extérieures que les manifestations pacifiques.

 

La deuxième est le rétrécissement du champ d’identification et d’adhésion à la révolution. Nul doute qu’une révolution totalement pacifique attire un public diversifié en termes de sexes, de générations, et en termes communautaires et religieux. Elle gagnerait également une sympathie plus large provenant de l’étranger. Le débat sur la militarisation parmi les militants dans la sphère publique se réfère à cette réalité. Durant les premiers mois de la révolution syrienne, les hésitants n’avaient aucun argument pour s’y opposer. Mais l'émergence d'éléments armés de la révolution a offert à un public réticent, à des degrés divers, des excuses pour conforter ses hésitations voire de s’opposer à la révolution.

 

La troisième implication de l’apparition de la militarisation est la complexité des difficultés auxquelles sera confrontée la nouvelle Syrie suite à la chute du régime par la force. Les expériences historiques, de la France à la Russie, et de la Chine à l’Algérie, montrent bien que les révolutions violentes peuvent plonger les pays dans des années de troubles et de tensions. Dire que la révolution a été forcée de prendre les armes, ce qui est vrai, ne devrait pas empêcher dès maintenant à réfléchir à toutes ces implications et à en anticiper les conséquences.

 

En réalité, ce qui conforte tout à la fois la profondeur de la Révolution syrienne et de l'équité de sa cause, c'est que la militarisation est dans une large mesure un mécanisme de défense. La militarisation ne s’est pas faite au détriment des autres formes de lutte. De plus, la révolution dispose de mécanismes intrinsèques pour pallier certains débordements. Il s'agit là de bien autre chose qu'une révolution qui prétendrait être sans débordements (une impossibilité en soi) ou sans autocritique et sans remise en question.


Les véritables défis

 

Pour conclure, la composante militaire de la révolution fait face aujourd’hui à quatre défis majeurs. Le premier est l’organisation interne et la mise en place de règles de conduite militaires internes. Le deuxième est la résistance aux tentatives des personnes ou entités ou groupes régionaux de la financer. Car il y a là un risque de constitution de milices dont l’objectif ne serait pas nécessairement de faire chuter le régime ni de reconstruire une nouvelle Syrie mais plutôt de servir les intérêts des financeurs. Le troisième défi est celui représenté par le terroriste, qui est susceptible d'être généré par le régime syrien. Le quatrième est le souci de se confontrer de façon efficace et adaptée au régime en mettant en place des mécanismes adéquats. Chacun de ces défis est essentiel, et ils représentent ensemble une entreprise colossale.


Mais nous sommes dans la gueule du monstre et seules notre sagesse et notre vision politique nous sauveront.

 

Texte traduit par Nadia Aissaoui et Ziad Majed



 
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